Se déplacer en Inde : entre aventure et rencontre

Rickshaw, train, bus et taxi pour les plus aisés, les transports en Inde sont très empruntés et bon marché. Les classes économiques permettent de traverser l’Inde pour quelques euros seulement, à condition de sacrifier le moindre confort, ainsi toutes les catégories sociales se retrouvent à quelques wagons d’écart. La seule condition qui s’applique à tous c’est finalement de ne pas être pressé.

Le Rickshaw

De tous les moyens de transport que nous connaissons en Occident, il n’en est pas un seul comparable au rickshaw (aussi appelé tuk-tuk). Cet engin, dont le moteur doit être l’équivalent de celui d’un scooter débridé, se faufile entre les voitures, rase les murs et les piétons et remonte les rues en sens unique.

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Vue de l’intérieur d’un rickshaw

Ne comptez pas sur leur compteur qui ne s’allume plus ou qui est tout simplement inexistant. De toute façon, même quand il fonctionne, le chauffeur trouve toujours le moyen de discuter en sortant une fiche de sa poche avec des tarifs au kilomètre en sa faveur.

La loi officielle dit aussi qu’on ne peut pas monter à plus de 3 dans un rickshaw, sinon attention à la police, mais la loi des rickshaws est plutôt “quand il n’y a plus de place il y en a encore”. Ainsi, depuis notre deuxième jour d’aventure, nous avons voyagé tous les quatre (plus nos sacs de voyage) dans le même rickshaw. Petits joueurs même, puisque nous avons vu sur la route d’Auroville un rickshaw avec 14 personnes roulant sur la bande d’arrêt d’urgence d’une nationale. De quoi prétendre à un Guiness World Record!

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Alexis, Charles et Thibault (de gauche à droite) à l’arrière d’un rickshaw

Dans cette circulation infernale et dans le climat humide et étouffant du Nord, il fait bon être dans un rickshaw, car sans portière, le vent s’engouffre dans l’habitacle. La conduite sportive des chauffeurs et leurs coups de klaxon incessants deviennent attachants et on se prête vite au jeu de la course à condition de fermer les yeux à certains moments.

Le Bus

Les bus comme les trams coûtent trois fois rien. On les prend volontiers car le confort n’y est pas si mal et ils sont finalement assez rapides. A condition d’accepter d’être rincé en cas de pluie, les meilleures places sont côté fenêtre. Pas très pratique pour les sacs si on ne veut pas les laisser dans les soutes, mais on trouve facilement une place et l’ambiance y est plutôt conviviale. Durant le trajet Pondicherry – Madurai, le chauffeur s’est arrêté à une petite buvette le long de la route pour nous permettre de nous rassasier; c’est l’occasion de discuter un peu avec les Indiens, souvent très ouverts.

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Gare routière à Goa

Il faut savoir que les bus en Inde ont beau être larges, cela ne les empêche pas de se prendre pour des scooters et de doubler une voiture alors qu’une autre arrive en face. A coups de klaxon continus, le roi de la circulation  fait la loi sur la route, s’arrête rarement pour laisser traverser un piéton et force parfois les autres véhicules à rouler en bordure de route.

Pour des trajets de courte comme de moyenne distance, les bus sont privilégiés dans l’Inde du Sud. Ils sont parfois même plus rapides que les trains et les gares routières sont en général mieux situées. On a pris des bus de jour comme de nuit. Et la nuit on peut être en siège inclinable ou en couchette (catégorie sleeper) à l’image des trains de nuit.

Si les arrêts des bus de jours sont déjà difficiles à trouver, pour les bus de nuit c’est une vraie course d’orientation : arrivés à la gare routière, il nous faut chercher dans les environs la compagnie privée qui correspond à notre réservation au milieu de dizaines de boutiques identiques, puis se rendre enfin au lieu de départ qui avec un peu de chance ne se trouve qu’à 1km de l’agence. On peut alors soit se dire qu’il faut viser une bonne marge d’avance, soit anticiper le retard du bus qui se situe en moyenne aux alentours de 1h30 pour ce qui est de notre expérience.

Les passagers ne montent d’ailleurs pas en premiers. Avant cela des porteurs chargent des marchandises sur le toit. Le spectacle est très impressionnant car ils montent une échelle branlante avec les paquets en équilibre sur leur tête. Impossible de savoir ce qu’ils contiennent sans demander car ils sont tous emballés dans du tissu puis ficelés. Nous avons d’ailleurs appris d’un français que les colis à poster pouvaient être emmenés chez le tailleur pour y être empaquetés.

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Chargement d’un bus de nuit

Nous avons beaucoup apprécié les nuits passées dans les bus climatisés, où les couchettes doubles sont si confortables, qu’elles en font oublier les cahots quasi-incessants. Les cinéphiles apprécieront sans doute le Bollywood projeté sur un écran individuel qu’on ne peut éteindre, diffusé à volume maximum à partir de 23h. Certains bus peuvent arriver en plein milieu de la nuit, comme lorsque nous sommes arrivés à Madurai à 3h30.

Dans le prochain épisode de notre série, qui nous le savons vous tient en haleine, nous vous parlerons du moyen de transport phare de l’Inde : Le Train

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Acte III: la postproduction

INDIA 25 a été le travail de rêve d’un été. Le projet nous a également chacun pris beaucoup d’énergie. À partir de mi-mai, INDIA 25 est devenu mon emploi à plein temps jusqu’à la date du départ et au-delà. Combien de jours ai-je passé du lever au coucher occupé par le travail (d’habitude de l’écriture ou du graphisme)! La motivation de donner le meilleur de moi-même m’a souvent occupé mes weekends. Toute mon énergie était consacrée à la campagne, puis à rassembler le matériel de tournage. Ensuite, ce fut le grand départ pour Delhi. Une fois en Inde, nous étions immergés dans le projet à tout moment.

Comme tout projet, INDIA 25 a connu des réalités qui n’étaient pas à la hauteur de nos attentes. Je m’attendais à des connections Internet plus faciles. Je m’attendais aussi à ce que la mise à jour de nos plateformes de communication prenne moins de temps. Et bien sûr, je m’attendais à avoir l’énergie de travailler du lever au coucher comme je l’ai fait pendant deux mois avant le départ. La réalité du voyage en fut toute autre. Nous espérions mieux vous tenir au courant de notre périple mais nous avons préféré nous concentrer sur les rencontres prévues, qui étaient des opportunités d’une fois.

Notre quotidien était déterminé par nos diverses déplacements et rendez-vous. L’Inde a la réputation d’être chaotique et nous avons certainement souvent vu nos plans changer d’une minute à l’autre, nous demandant une flexibilité face aux contraintes inattendues. Sur ce plan, autant dire que nous avons réussi, puisque nous n’avons pas raté un interview, gagnant ainsi notre pari de rencontrer 25 entrepreneurs en 25 jours. Notre tour de l’Inde fut entrainant, intense et absorbant. Quand en vint la fin, pour ma part, je peux dire que j’étais épuisé.

Je me rendis compte qu’il était mi-août et je fus déboussolé par la fin de l’été qui avait remplacé les trois mois précédent. Nous rentrions chacun dans nos coins du monde respectifs, pour remettre en ordre les parties de nos vies autres que INDIA 25. Nous nous sommes accordés un mois pour voir nos proches, nous préparer à l’année scolaire et, pour certains, démarrer un nouveau chapitre de notre vie. Mais, tout rentrant en ordre, nous sommes à présent prêts à résumer ce que nous avons commené et à mener notre projet à terme. Merci de votre attente, pendant cet entracte d’un mois dans notre projet. Permettez moi à présent de vous annoncer ce que nous vous préparons pour la suite:

– Nous avons beaucoup d’histoires à raconter de notre aventure. Depuis les astuces de voyage jusqu’aux rencontres avec les entrepreneurs, nous avons hâte de partager nos péripéties d’un mois en Inde. À partir de ce samedi, nous publierons un article de blog par semaine, témoignant de nos impressions, leçons et moments préférés du projet (jusque là!).

– Comme promis lors de notre levée de fonds, nous tiendrons une soirée INDIA 25 à Paris en décembre (date exacte à déterminer) pour parler de notre projet, partager notre réflexion à posteriori de vive voix et montrer quelques photos séléctionées. À cette occasion, nous projetterons également en avant-première des extraits d’interviews et de notre voyage, en aperçu de la production finale. Cette avant-première sera également disponible en ligne.

– Nous aurions aimé pouvoir partager des vidéos dès notre retour. Cependant, l’organisation et la mise en forme de tout notre matériel vidéo en un ensemble cohérent demanderont beaucoup de discussion, d’écriture, d’édition et de travail graphique. Au début, nous avons annoncé que notre but était de réaliser un documentaire en long-métrage. Lors du tournage, nous nous sommes ravisés qu’une série web divisée en épisodes thématiques serait mieux adaptée à notre vision. Ces discussions sur le format visent à vous apporter le meilleur contenu que nous pouvons, et nous n’en sommes pas au bout du débat. Rien n’est encore confirmé. Ce que je peux vous annoncer tout de suite, c’est que nous prévoyons une sortie de notre production finale pour l’été 2014. Cet estimé pourrait changer à mesure que nous avançons mais étant donné nos emplois du temps chargés pendant l’année scolaire, nous pourrions devoir attendre le printemps prochain pour consacrer quelques mois de nouveau à plein temps pour finaliser INDIA 25.

Pour toute l’actualité INDIA 25, continuez à consulter ce blog, qui sera notre plateforme de communication principale dans les mois à venir. Si vous aimez notre page Facebook, nous aurons même l’amabilité des vous tenir au courant des nouveaux postes!

L’Inde aux mille spiritualités

Partout, la religion

En Inde, la religion est omniprésente, et structure tout, de la vie sociale à l’organisation de la ville. Pourtant, même si l’hindouisme est majoritaire, les communautés religieuses semblent se respecter et vivre en paix. Entre les chauffeurs sikhs, les églises chrétiennes, les écoliers juifs, les rites hindous ou les appels à la prière du muezzin, la ville indienne est une ville de croyants, qui vivent les uns avec les autres. Pour ajouter à cette diversité, suivant les régions, castes et ethnies, les dieux qui sont célébrés et respectés varient. Christophe Plais, de Terra Indica nous expliquait que l’éducation des enfants est indissociable de celle d’une religion quelle qu’elle soit. Partout où nous allons, les indiens portent fréquemment des marques de couleur sur le front ou des bracelets écartant les mauvais esprits. Il faut savoir que si les dieux sont à peu près les mêmes dans l’hindouisme, les légendes qu’on raconte à leur propos varient énormément selon les régions. Il faut comprendre par là que le plus important n’est pas forcément de s’attacher aux détails ou de chercher la vérité absolue mais simplement de croire et de faire acte de dévotion. Ainsi on trouve des petits temples à tous les coins de rue, peut-être en plus grand nombre encore dans les petits villages. Gandhi

“I am a Hindu, a Muslim, a Christian, a Buddhist, a Jew” Mahatma Gandhi Sculpture dans les jardins de l’ashram de Fireflies

 

 

 

 

Dans un temple hindou

Les temples hindous sont assez semblables entre eux: l’extérieur est riche en couleurs, peuplé de sculptures, avec un toit en pyramide carrée. On sourit quelque fois devant les apparences un peu surchargées de l’ensemble, voire carrément kitch, mais cette célébration expansive montre surtout la dévotion des hindous. Cela n’en reste pas moins magnifique et il est difficile de passer devant sans sortir d’appareil photo. Hindu Temple Objects

Offrandes diverses sur un autel (bougies avec ghee, poudres rouge et blanche pour les bénédictions,..)

 

 

 

L’intérieur est souvent beaucoup plus épuré, allant jusqu’à un simple autel ou une statue avec des bougies pour les temples plus petits. Les sculptures sont réalisées dans des quartiers d’artisans renommés dans toute l’Inde, comme nous avons pu en voir a Calcutta et a Mahabalipuram. Les statues de Calcutta sont faites de paille recouverte de terre cuite alors que les artisans de Mahabalipuram travaillent la pierre. Nous avons été surpris par le nombre de fidèles qui se pressent à toute heure devant les statues des dieux. IMG_2922

Charles, béni par l’éléphant du Temple de Pondicherry

Certains s’agenouillent en joignant les mains, d’autres se jettent à plat ventre en prononçant des supplications; chacun prie à sa façon. Nous avons même eu la chance de croiser un éléphant bénissant les fidèles à l’entrée du temple, moyennant une offrande en roupies sonnantes et trébuchantes! Les obligations récurrentes sont d’être pieds nus, sans caméra ni appareil électronique sur soi; on nous a même confisqué un stylo. La plupart des sanctuaires dans les temples sont interdits aux non hindous et certains temples tout entiers leur sont même strictement réservés, comme le Golden Temple de Varanasi. On peut trouver cela étrange étant donnée la tolérance de l’hindouisme envers les autres religions, mais on comprend aisément que les méditations puissent être gênées par des touristes bruyants.

Sri Meenakshi, cité-temple au coeur de Madurai

Le Sri Meenakshi, l’incroyable temple de Madurai nous a tous émerveillé. Avec ses 11 tours faites de sculptures de divinités de toutes les couleurs, c’est sans doute l’un des plus beaux d’Inde du Sud. Le point de vue du bassin intérieur (bassin du lotus d’or) nous a plongés dans un état de transe. Nous avons pu voir dans ce temple une cérémonie où une statue était recouverte de ghee (beurre clarifié). Il parait que l’on peut aussi les couvrir de cendres. Nous n’avons retenu que quelques noms de divinités comme Shiva, Vishnu, Ganesh ou encore . Declinées en sculptures sous des tas de formes, souvent des animaux (Ganesh lui même est un éléphant -plutôt enveloppé d’ailleurs-), elles sont parfois recouvertes de vêtements que des prêtres changent régulièrement. Sri Meenakshi

Quatre des onze tours du Temple de Sri Meenakshi, Madurai

Plus loin que l’humanitaire: la double victoire d’Anshu Gupta contre la pauvreté

Il y a un dicton Indien qui reste très populaire: Roti Kapada aur Makaan—Nourriture, Vêtements et Abri. En résumé, les trois besoins essentiels d’un être humain. Dans la société occidentale, on oublie trop souvent les vêtements dans cette trilogie, alors qu’en Inde, la lutte pour se procurer des Kapada demeure une réalité pour les gens qui vivent dans la rue. L’homme d’affaires Anshu Gupta a été profondément choqué par l’histoire de Bano, une jeune fille Indienne: afin de se réfugier du froid hivernal, Bano dormait contre les cadavres que son père collectait pour le gouvernement Indien dans les rues de Delhi. Gupta décida alors de fonder GOONJ, une ONG qui donne des vêtements à ceux qui n’en ont pas, en échange de leur participation à des projets de construction communautaire.
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